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Les derniers pas avant le sommet

Un pas après l’autre. Respirer, avancer, respirer, avancerencore.Ce n’est plus mon corps qui marche, c’est mon désir d’arriver qui me tire.

Si je pouvais laisser là ce corps épuisé, à bout de forces, et bondir d’un saut aérien vers ce sommet que je devine derrière le rideau de sueur qui brouille ma vue.Un pas, encore un pas.

Si je savais combien de pas il me reste à faire, je pourrais les compter, mesurer mon effort, me préparer à l’éblouissement. Mais un brouillard de lassitude m’enveloppe et je ne vois que mon ombre qui monte insolemment, le pied léger, à mon côté.

Je me retourne. Le chemin parcouru est impressionnant. Mon regard plonge sur les chemins où je suis passé. Là, sur l’arête, c’était l’an dernier : un bonheur, cette randonnée de retrouvailles avec mes amis.

Plus loin, sous les nuages, c’était il y a déjà dix ans : des heures sombres, interminables, cloué au sol par la maladie.Et là-bas, la vallée ensoleillée des rencontres inespérées lorsque la vie souriait aux audacieux que nous étions. Je reprends souffle en levant doucement les yeux jusqu’à l’horizon, ce temps de l’enfance traversée de lumière et d’orages, comme je ne l’avais encore jamais vu, de si haut.

La vie n’est-elle pas tout simplement une montée vers notre sommet ? Comme en montagne, les derniers pas peuvent sembler les plus durs. Il est bon de souffler un peu en contemplant le livre de notre existence où des visages hors du temps nous sourient, où des noms se sont gravés en lettres d’or. Mais qu’il est bon aussi de continuer à avancer, de découvrir d’en-haut la profondeur des choses et des êtres.

Certains atteignent leur sommet beaucoup trop vite, sommes-nous tentés de dire. Qu’en savons-nous ? Eux aussi ont défriché des chemins pour ceux qui suivent. Jean Deries nous a confié cet été, après qu’un jeune de sa famille ait disparu à nos regards :

« Devant ce groupe magnifique de jeunes qui accompagnaient un ami de leur âge, comment douter de ceux et de celles qui vont d’une certaine manière, avec lui et après lui, donner un élan et un tondifférent à la vie de notre terre ? Parce qu’ils ou elles sentent en eux cette force qui peut les habiter ensemble, comment douter de ces relais qui autour de nous se préparent ? »


Pierre Chamard-Bois

 Billet de Pierre Chamard-Bois - novembre 2014

                                                                  

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